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Jumbo-Visma - Saison 2022


Mise à jour le 20/08/2022

Sommaire

Introduction

Septembre 2020. Tour de France. La Jumbo-Visma domine l’épreuve avec arrogance avant que Tadej Pogacar ne dérobe la tunique jaune en haut de la Planche des Belles Filles sous le regard effaré des coureurs de la Jumbo-Visma. On aurait dit des braqueurs de banque stupéfait de se voir rafler le magot par un gamin de 12 ans.

Pourtant l’équipe néerlandaise en a vu d’autres au fil d’une histoire débutée en 1984 sous le nom de « Kwantum Hallen – Decosol ». Elle a depuis plusieurs fois changé de nom. On se souvient notamment de SuperConfex (1987-1989), Buckler (1990-1992) et bien sûr Rabobank (1996-2012). Elle a failli mourir lorsque la banque néerlandaise décide se retirer en raison des scandales de dopage qui la touche directement. A cette époque, le Dr Geert Leinders est suspendu à vie pour détention, administration et trafic de produits interdits contrevenant aux règlements anti-dopage ainsi que pour incitation au dopage. Il avait exercé chez Rabobank entre 1996 et 2009.

Plusieurs coureurs, dont Michael Rasmussen et Thomas Dekker ont témoigné de cette culture du dopage instillée dans l’équipe.

Depuis cette époque, la structure dirigeante a complètement été renouvelée. Néanmoins, l’héritage de l’armada Rabobank reste lourd à porter.

Histoire de l'équipe

Nous avons recensé quinze coureurs « RaboJumbo » dans notre annuaire du dopage. Un flagrant délit de mansuétude tant il a été dit, écrit et révélé sur le dopage organisé dans cette équipe. Michael Rasmussen et Thomas Dekker, par exemple, sont passés à table en librairie avant de le faire devant une très officielle commission d’enquête. Ils ont décrit par le menu la recette des médecins pour préparer la potion magique. A peu près tous les produits dopants y sont passés : EPO, transfusion, hormones de croissance, corticoïdes, etc. Le tout sous la houlette du Dr Geert Leinders.

L’équipe s’appelle encore Kwantum Hallen – Decosol quand elle enregistre sa première affaire. Adrie van der Poel est contrôlé positif à l’éphédrine pendant la Semaine Sicilienne 1987. Le père de Mathieu est suspendu quatre mois dont un avec sursis et doit s’acquitter d’une amende de 10125 Francs (environ 1500 Euros). Avant de rouler pour cette équipe, il avait déjà été contrôlé à la strychnine. La faute une tourte au pigeon servie chez les Poulidor (lire ici).


Deux ans plus tard, on ne plaisante plus. L’EPO est déjà en usage dans l’équipe. C’est Gert Jakobs qui crache le morceau en 2009 dans le livre Het laatste geel de Mart Smeets. Il avoue avoir effectué son Tour de France 1989 sous EPO. Ce n’est que quelques années plus tard que la substance changera la physionomie du peloton professionnel. Les Rabobank sont des précurseurs.

La dernière affaire de dopage dans l’équipe remonte à 2012 (dix ans déjà et c’est une bonne nouvelle). Carlos Barredo présente des anomalies dans son passeport biologique. Il sera suspendu deux ans.


En 2012, l’équipe s’appelle encore Rabobank mais c’est la dernière année. Ce n’est toutefois pas cette affaire qui justifie le retrait de la banque néerlandaise. Le prétexte est fourni par la condamnation de Lance Armstrong par l’USADA. « Nous ne sommes plus convaincus que le cyclisme professionnel international soit en mesure de faire du cyclisme un sport propre et honnête », déclare Bert Bruggink, membre du conseil d'administration de l’établissement bancaire. Manière comme une autre de se dédouaner.

Liste des affaires de l'équipe
Coureur Produit Course Date Sanction Contrôle
Bobridge Jack Trafic de MDMA 2014 Oui Enquête judiciaire et aveux en 2019
Bobridge Jack Trafic de MDMA 2013 Oui Enquête judiciaire et aveux en 2019
Barredo Llamazales Carlos Passeport biologique non conforme 2012 Oui Passeport biologique
Dekker Thomas EPO, passeport biologique non-conforme 2007 Oui Contrôle positif et aveux en 2010
Dekker Thomas EPO, transfusions sanguines 2007 Oui Contrôle positif et aveux en 2010
Horrillo Munoz Pedro Formeterol Flèche Brabançonne 2007 Non Contrôle positif
Rasmussen Michael 2007 Oui Fuite, falsification, manquement dans la soumission des localisations, aveux en 2013
Van Heeswijk Max EPO, testostérone 2007 Non Aveux en 2011
Boogerd Michael EPO, transfusions sanguines, cortisone 2005 Oui Aveux en 2013
Dekker Thomas Cortisone Championnats du Monde 2005 Non Aveux en 2017
Sutherland Rory Clomiphene, hydroxy-clomiphene Tour d'Allemagne 2005 Oui Contrôle positif
Leipheimer Levi EPO, testostérone, transfusions 2004 Oui Aveux en 2012
Leipheimer Levi EPO, testostérone, transfusions 2003 Oui Aveux en 2012
Niermann Grischa EPO 2003 Oui Aveux en 2013
Leipheimer Levi EPO, testostérone, transfusions 2002 Oui Aveux en 2012
Niermann Grischa EPO 2002 Oui Aveux en 2013
Hoogerland Johnny Testostérone Trophée de la province d'Anvers 2001 Non Contrôle positif
Niermann Grischa EPO 2001 Oui Aveux en 2013
Niermann Grischa EPO 2000 Oui Aveux en 2013
Dekker Erik Hématocrite > 50% Championnats du Monde 1999 Oui Contrôle positif
Nelissen Danny EPO 1996 Non Aveux en 2013
De Keulenaer Ludo Grand Prix E 3 1992 Oui Fraude au contrôle et aveux
Jakobs Gert EPO 1989 Non Aveux en 2009
Van Der Poel Adrie Ephédrine Semaine sicilienne 1984 Oui Contrôle positif

Pour voir plus d'informations sur l'équipe dans l'annuaire du dopage, cliquez ici

Les coureurs épinglés

Tosh Van Der Sande

Tosh Van der Sande est le seul coureur de l’équipe à avoir été éclaboussé par une affaire de dopage. Il a été suspendu à titre provisoire après un contrôle antidopage positif effectué pendant les Six Jours de Gand (2018). La substance en cause provenait du spray nasal Sofrasolone qui est en vente libre. Elle est autorisée en compétition à condition d’être signalée lors du contrôle, ce que Van der Sande n’avait pas fait. Il plaide l’« erreur administrative ». C’est une sorte de Thomas Thévenoud à bicyclette. L’UCI se montre clémente et le blanchit.

Avant son arrivée chez Jumbo cette année, aucun coureur n’avait été épinglé dans note annuaire du dopage. Dommage. Il fait perdre des points à sa formation.


Les dirigeants épinglés

Le directeur sportif Grischa Niermann est le seul encadrant Jumbo-Visma que nous avons épinglé dans notre annuaire du dopage. C’est une bonne surprise pour une équipe avec un passé aussi chargé. Le ménage semble avoir été fait. Les leçons auraient-elles été retenues ?

Grischa Niermann

Niermann a reconnu avoir utilisé de l’EPO entre 2000 et 2003 lorsqu’il courait sous le maillot de la Rabobank. Au moment de ses aveux en 2013, il venait de mettre un terme à sa carrière et travaillait pour la fédération néerlandaise de cyclisme (KNWU). Il sera suspendu six mois.


Les coureurs flashés

Pour en savoir plus sur le calcul des Watts élaborée par Frédéric Portoleau et sur la méthode des radars proposée par Antoine Vayer, visitez les pages suivantes :

La formation néerlandaise aligne une impressionnante armada pour tenter de ramener au plat pays les maillots rose, jaune et amarillo. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir dans ses rangs trois coureurs ayant dépassé la limite des 410 watts-étalon (WE) de moyenne sur un Grand Tour : Tom Dumoulin, Robert Gesink et Primoz Roglic.

Wout van Aert, dans un rôle d’équipier, n’a jamais allumé les radars avec sa puissance moyenne sur un grand Tour. Cela ne l’empêche pas d’être capable de remporter des victoires aux sprint un jour et d’emmener le train Jumbo-Visma dans les cols un autre jour pendant le Tour 2020. Sa grande carcasse (il pèse 77 kg) ne l’empêche pas non plus de s’imposer en 2021 à Malaucène après avoir escaladé le Mont Ventoux à deux reprises. Quelques semaines plus tard, avec 431 WE, il accroche une médaille d’argent aux JO de Tokyo à son palmarès, encadré par deux solides grimpeurs : Carapaz et Pogacar.

Gabarit de grimpeur
Source : Espé - 07/07/2021
Tom Dumoulin

Le rouleur néerlandais n’a pas vraiment la carrure d’un grimpeur mais il sait envoyer les watts quand la route s’élève. Il allume le radar d’Antoine Vayer et Frédéric Portoleau pour la première fois sur les routes du Tour d’Espagne 2015 : 412 WE. En 2017, il remporte le Tour d’Italie à un « petit » 409 WE après avoir dégainé un solide 420 WE dans l’ascension du Blockhaus. Au Tour de France 2018, il appuie un peu plus fort sur les pédales : 416 WE de moyenne. C’est beaucoup pour un tel gabarit.


Robert Gesink

Grimpeur prometteur à ses débuts en 2007, Robert Gesink n’a jamais quitté la Rabobank et ses déclinaisons. C’est avec le maillot orange, pendant le Tour de France 2010, qu’il réalise sa meilleure performance moyenne et se fait « flasher » à plus de 410 WE.


Primoz Roglic

Primoz Roglic : descendu des tremplins de saut à ski, il s’éclate à bicyclette dès que la route s’élève. Le tout sous le crépitement des radars. Dès le Tour de France 2018, il dégaine un impressionnant 414 WE. Un an plus tard, à la Vuelta, c’est 443 WE (sur des montées courtes). L’année dernière, il fait montre d’une impressionnante constance à haut niveau : 419 WE au Tour de France puis 420 WE au Tour d’Espagne. Clairement dans la zone « suspecte ».


Les dirigeants flashés

Pour en savoir plus sur le calcul des Watts élaborée par Frédéric Portoleau et sur la méthode des radars proposée par Antoine Vayer, visitez les pages suivantes :

Aucun membre de l'encadrement actuellement dans l'équipe Jumbo-Visma n’a allumé les radars de Frédéric Portoleau et Antoine Vayer

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Attitude vis-à-vis du MPCC

Le MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible) est une association créée en 2007 par des équipes cyclistes professionnelles dont le but est de défendre l'idée d'un cyclisme propre, en imposant le strict respect du code éthique de l’UCI et pouvant aller jusqu’à imposer des règles plus strictes que ne l’impose le Code Mondial Antidopage édicté par l’AMA. En plus des équipes, le MPCC offre la possibilité aux coureurs et membres de l’encadrement des équipes d’adhérer à titre individuel.

Non seulement Jumbo-Visma n’adhère pas au MPCC mais Tom Dumoulin s’en extirpe en mai 2020. « Ce serait hypocrite d'y rester », justifie-t-il. L’équipe utilise des cétones et le rouleur néerlandais ne compte pas s’en passer. Le MPCC demande à ses membres de s’engager formellement à ne pas les utiliser : « considérant que les cétones peuvent améliorer les performances, mais aussi qu’elles présentent potentiellement un danger pour la santé des coureurs qui les utilisent, en raison des effets secondaires, cette substance pose un problème et continuera de poser un problème de façon encore plus marquée à l’avenir si aucune décision ferme n’est prise », peut-on lire sur le site Internet du mouvement. Tom Dumoulin, tente une diversion en reprochant au MPCC de ne pas vraiment protéger les coureurs : « Le mouvement prétend être là pour la santé des coureurs, mais rouler Paris-Nice était le risque sanitaire numéro 1 (on est à quelques jours du premier confinement - NDLR) et ça leur convenait ». Depuis, il a fait un burn-out mais on le verra sur le podium à Tokyo.


Trois coureurs adhèrent au MPCC à titre individuel. Refusent-il les cétones ou s’accommodent-ils de l’« hypocrisie » pointée du doigt par Tom Dumoulin ?

Liste des coureurs adhérents du MPCC
Liste des membres de l'encadrement adhérents du MPCC

ICCD : notre indice de confiance

Pour la saison 2022, nous attribuons à l'équipe la note de 10,1/20. Ceci la place en 24ème position sur 28.

Malgré un gros ménage dans l’encadrement, « RaboJumbo » reste dans le top 5 des pires équipes 2022.

Pour consulter l'article ICCD de l'équipe JUMBO-VISMA en 2021, cliquez ici.