Actualité du dopage



Lance Armstrong aurait reconnu avoir pris de l'EPO avant son cancer

24/06/2006 - Le Monde - Stéphane Mandard

Extraits

La scène a lieu le 28 octobre 1996, à l'Indiana University Hospital d'Indianapolis, aux Etats-Unis. Lance Armstrong vient de subir une opération au cerveau à la suite d'un cancer du testicule métastasé. Un médecin demande à l'Américain (...) s'il a déjà consommé des produits dopants afin de préparer son protocole médical postopératoire. Le Texan répond par l'affirmative et dresse la liste des substances : érythropoïétine (...), hormones de croissance, stéroïdes anabolisants et testostérone.

Cet épisode obscur de la vie du septuple vainqueur du Tour a été raconté dans le détail par Betsy Andreu, la compagne de l'ex-coureur américain et ancien meilleur ami de Lance Armstrong, Frankie Andreu, lors d'une procédure judiciaire (...) entre le Texan et sa compagnie d'assurance, SCA Promotions.

"[Le docteur] a commencé à lui poser des questions banales. (...) Et tout à coup, boum, avez-vous déjà pris des produits dopants ? Et il répond, oui. Il demande lesquels. Et Lance répond : EPO, hormones de croissance, cortisone, stéroïdes, testostérone", a expliqué Betsy Andreu le 17 janvier dans un témoignage sous serment devant un tribunal de Dallas, dont Le Monde s'est procuré une copie.

(...) Frankie Andreu était également avec Lance Armstrong, ce 28 octobre 1996. Lors de sa déposition, le 25 octobre 2005, devant le même tribunal, l'ancien équipier du Texan à l'US Postal a tenu les mêmes propos. "Je ne sais pas comment le docteur a formulé sa question, mais la réponse était qu'il avait pris de l'EPO, de la testostérone, des hormones de croissance et de la cortisone", a indiqué Frankie Andreu dans son témoignage sous serment, dont Le Monde a également eu connaissance.

Une troisième personne ayant assisté à la scène, Stephanie McIlvain, salariée d'Oakley - sponsor de Lance Armstrong - et amie du coureur, a donné sa version devant le tribunal de Dallas, le 14 novembre 2005. Elle a nié avoir entendu Lance Armstrong reconnaître auprès d'un médecin avoir consommé des produits illicites.

Stephanie McIlvain avait pourtant affirmé, le 21 septembre 2004, à Greg LeMond, lors d'une conversation téléphonique, qu'elle répéterait ce qu'elle a entendu ce 28 octobre 1996 à l'hôpital d'Indianapolis si elle devait être appelée à témoigner. L'ancien triple vainqueur du Tour a enregistré cette conversation. "Si je suis citée, je le ferai (...). Car je ne vais pas mentir. Tu sais, j'étais dans cette pièce. J'ai entendu", expliquait Stephanie McIlvain à Greg LeMond. L'enregistrement a été versé au dossier.

Trois autres personnes entouraient Lance Armstrong le 28 octobre 1996 : sa petite amie de l'époque, Lisa Shiels ; Chris Carmichael, son premier entraîneur, et son épouse Paige. Aucun des trois n'a été appelé à témoigner à la barre par les avocats du Texan. Pas plus que les médecins qui l'ont opéré, Craig Nichols et Scott Shapiro.

Lance Armstrong s'est chargé lui-même de sa défense. Dans sa déposition du 30 novembre 2005 devant le tribunal de Dallas, l'Américain a affirmé qu'aucun médecin de l'Indiana Hospital ne lui avait demandé s'il avait déjà utilisé des substances dopantes. Il a en outre expliqué que si Betsy Andreu avait produit un témoignage le mettant en cause, c'est parce qu'elle le détestait et que son mari, Frankie, était allé dans son sens pour la soutenir.

C'est Lance Armstrong qui avait engagé une procédure judiciaire à l'encontre de SCA devant le refus de l'assureur de lui verser une prime de 5 millions de dollars pour sa victoire sur le Tour de France 2004 (Le Monde du 4 février 2005). Spécialisé dans la couverture des risques liés à la réalisation d'exploits sportifs, SCA avait été contacté en 2001 pour mettre sur pied un système de gratification destiné à encourager le coureur à remporter six Tours d'affilée. Contre une prime d'assurance de 400 000 dollars, SCA s'était engagé à verser 9,5 millions de dollars au coureur en cas de victoire en 2001, 2002, 2003 et 2004. Après avoir honoré son engagement à hauteur de 4,5 millions de dollars pour les troisième, quatrième et cinquième sacres de l'Américain, la firme texane avait décidé de bloquer ses versements, à la suite de soupçons de dopage nés de la publication (...) de L.A. Confidentiel (...) de Pierre Ballester et David Walsh. Le livre-enquête évoquait notamment la scène, détaillée depuis par Betsy Andreu, de l'Indiana Hospital.

Sans se prononcer sur le fond, le tribunal de Dallas a donné gain cause au jeune retraité du peloton en février, estimant que l'assureur aurait dû verser la prime à Lance Armstrong avant de la contester sur la base des soupçons de dopage et alors que les institutions sportives n'avaient pas remis en cause la victoire de l'Américain en 2004.


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Cette page a été mise en ligne le 24/6/2006