Actualité du dopage



Une insolation expliquerait la mort de Tom Simpson

Sport et dopage - La grande hypocrisie 1991 - François Bellocq - Editions du Félin

Extraits

Le drame survient le 13 juillet sur les pentes du mont Ventoux, écrasées par le soleil. (...) Devant, Raymond Poulidor et l'Espagnol Julio Jimenez. Dans le groupe des poursuivants, Tom Simpson aux côtés du maillot jaune, Roger Pingeon, et de (...) Felice Gimondi. Le journaliste Roger Bastide raconte : " Le masque de Simpson est tendu, bouche entrouverte, commissures tombantes, regard fixe et douloureux. Son rictus normal dans l'effort intense. Tom rétrograde, mais il n'est pas le seul. Rien d'inquiétant, apparemment. Soudain, c'est le drame... Alors qu'il venait d'aborder la partie la plus dénudée et la plus exposée de la montée, à moins de 3 kilomètres du sommet, Tom Simpson vacille sur son vélo et tombe. Deux spectateurs en short accourent, le remettent en selle, le poussent et l'encouragent. Tom parcourt encore 400 à 500 mètres environ (...) dans un mouvement de pédalage indécis, le regard vitreux, déjà privé de conscience... et il chute de nouveau, inanimé cette fois. On le tire sur l'accotement caillouteux, couché sur le dos. Un spectateur, sans perdre de temps, pratique le bouche-à-bouche. Le docteur Dumas, accouru, le relaie, puis une infirmière du Tour. Le docteur Dumas fait une piqûre pour le coeur, applique le masque à oxygène sur le visage de Tom. Un spasme, à un moment, laisse espérer qu'il va reprendre vie, puis c'est de nouveau la plongée vers le néant. C'est un corps sans vie, déjà, que l'on transporte dans l'hélicoptère de la gendarmerie, venu se poser à proximité, sur la pierraille. Le docteur Macorig, adjoint du docteur Dumas, monte à bord, au côté de Simpson, transporté à l'hôpital Sainte-Marthe en Avignon, tout proche. L'on poursuit les soins. En vain. A 17 h 40, Tom Simpson est officiellement décédé. "

Aujourd'hui encore, le public est persuadé que Tom Simpson est mort parce qu'il a absorbé des amphétamines en trop grande quantité. Mais s'est-on dit, une seule fois, qu'il n'aurait certainement pas fallu le remettre en selle, après sa première chute? Le visage du malheureux était déjà totalement exsangue, ça se voyait. Ce visage avait l'air absent... On lui aurait interdit de repartir, il n'aurait pas produit l'effort supplémentaire, celui qui l'a très vraisemblablement tué. Alors, c'est vrai, il est bien plus facile d'accuser les amphétamines, ça " dégage " la responsabilité de quelques personnes qui, après ce drame, pourraient se sentir " mal à l'aise dans leurs baskets ". Dans Le Populaire du Centre du 12 août 1967, le professeur Philippe Decourt, ancien chef de clinique de la Faculté de médecine de Paris, laisse entendre que Simpson aurait pu être sauvé, en développant les règles impératives du traitement du collapsus cardiaque : " II faut mettre immédiatement le malade sur un plan horizontal ou, mieux, légèrement incliné, en plaçant de toute façon la tête plus bas que le corps. Ceci est capital, sinon, la circulation n'a plus la force suffisante pour faire monter le sang jusqu'au cerveau. Or, on voit que Tom Simpson a été étendu sur un talus, avec la tête placée plus haut que le reste du corps. De plus, il faut laisser le malade dans une immobilité absolue, tout mouvement augmentant la consommation d'oxygène. " Dans le même article, le professeur Decourt ajoute : " Je ne connais aucun cas d'une mort qui puisse, chez l'homme, être attribuée aux amphétamines. " Soyons honnêtes, c'est vrai que les amphétamines n'ont pas tué et ne tuent pas tous ceux qui en ont absorbé ; ça laisse des traces, c'est indéniable, mais...

Il suffit de relire le compte rendu de l'autopsie de Tom Simpson, rédigé par le procureur de la République en Avignon : " Les experts commis dans l'information ouverte pour rechercher les causes de la mort du coureur cycliste Tom Simpson ont déposé leur rapport. De leurs conclusions, il résulte que le décès survenu au cours d'une épreuve cycliste d'endurance est dû à un collapsus cardiaque imputable à un syndrome d'épuisement dans l'installation duquel ont pu jouer : certaines conditions atmosphériques défavorables (chaleur, anoxémie, humidité de l'air...), un surmenage intense, l'usage de médicaments du type de ceux découverts sur la victime qui sont des substances dangereuses. A cet égard, les experts toxicologues confirment qu'il a été décelé dans le sang, l'urine, le contenu gastrique et les viscères du défunt, une certaine quantité d'amphétamines et de méthyl-amphétamines, substances qui entrent dans la composition des produits pharmaceutiques retrouvés dans les vêtements de Simpson au moment de sa défaillance sur la route du mont Ventoux. Les mêmes experts précisent que la dose d'amphétamines absorbée par Simpson n'a pu, à elle seule, déterminer sa mort ; qu'elle a pu, par contre, l'entraîner à dépasser la limite de ses forces et, par là même, favoriser l'apparition de certains troubles liés à son épuisement. "

(...)

J'ai toujours admis que Tom Simpson, comme tant d'autres, avait absorbé des amphétamines. Mais j'ai toujours, et aujourd'hui encore, prétendu que le coureur britannique était mort d'insolation. Je m'explique : ce jour-là, le 13 juillet 1967, il n'a pas fait une chaleur torride seulement sur les pentes du mont Ventoux. Et malheureusement, sur les plages du littoral français, des vacanciers sont morts, victimes eux aussi d'une insolation. Il ne faut pas oublier que l'insolation provoque une déshydratation et augmente l'effet des amphétamines. Simpson, ce jour-là, a fourni un effort violent sur une portion de course - le Ventoux - qui a provoqué de nombreuses défaillances dans le peloton. C'est évident : une insolation a déclenché chez le Britannique le mécanisme qui va aboutir au collapsus cardio-vasculaire. C'est vrai également, le rapport de l'autopsie le rappelle, qu'on a trouvé des traces d'amphétamines dans l'organisme de Simpson. Mais est-ce suffisant pour affirmer qu'il existe une relation de cause à effet ? Personne ne peut se permettre d'avancer une telle affirmation. Il me paraîtrait plus judicieux de rappeler que Tom Simpson n'était pas un véritable grimpeur et que, dans le Ventoux, il a voulu se surpasser pour rester devant, avec les meilleurs. Sûrement qu'il s'est surpassé ! Plus qu'il n'en avait les moyens naturels, et parce que les amphétamines ont empêché la sonnette d'alarme de se mettre en action quand il arrivait au seuil critique de fatigue. Puis, il s'est totalement déshydraté. Ce qui a entraîné le choc du collapsus cardio-vasculaire. Qu'est-ce qui, dans ce drame, a été déterminant : les amphétamines ou l'insolation ? Je dirai simplement que si, ce jour-là, tous les coureurs qui avaient absorbé des amphétamines (autorisées, à l'époque) avaient dû mourir, au moins les trois quarts du peloton de ce Tour de France 1967 seraient morts...


Le post-scriptum de cyclisme-dopage.com

Le professeur Philippe Decourt, que François Bellocq appelle à la rescousse pour dédouaner les amphétamines, connait bien le sujet : il fut conseiller scientifique médical du groupe pharmaceutique Specia-Rhône-Poulenc et, à ce titre, est le père de la première amphétamine européeen qu'il a baptisée Ortédrine, ainsi que le rappelle le Dr de Mondenard dans son Dictionnaire du dopage (page 67). Un père accuse rarement son enfant de meurtre...

En savoir plus : le portrait de François Bellocq


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Cette page a été mise en ligne le 12/05/2007