Le journal italien le Corriere della Sera révèle ce lundi 22 décembre qu'en Biélorussie et en Chine, des laboratoires travailleraient sur une substance dopante issue d'un ver marin capable d'effets dopants supérieurs à l'EPO. Franck Zal, qui a découvert les vertus thérapeutiques et les propriétés phénoménales de ce ver arénicole qui révolutionne le transport d'oxygène, a bien conscience de son potentiel incroyable. Mais il a du mal à croire ce qu'a écrit le journal transalpin
« J'ai l'impression que ça relève quand même du fantasme, toute cette histoire de Chine et de Biélorussie » (...) Ce scientifique basé à Morlaix, en Bretagne, a découvert avec beaucoup d'étonnement l'article du journal italien du Corriere della Sera, ce lundi 22 décembre. Dans celui-ci, nos confrères italiens relatent que des laboratoires biélorusses et chinois seraient en train d'utiliser la molécule qu'il a découverte, sur les côtes bretonnes, à des fins de dopage.
En résumé, ces laboratoires auraient baptisé l'expérience « Lance A », en référence à l'ancien cycliste banni Lance Armstrong. Elles seraient conduites avec des hamsters auxquels on aurait injecté la fameuse hémoglobine ultra-oxygénée des vers arénicoles (molécule M101). Son but : créer une substance dopante, donc, pour des sportifs désireux de gagner en performance.
« Dans le milieu du vélo, j'ai reçu des coups de fil »
Le Français a découvert les vertus thérapeutiques et les propriétés phénoménales de ce ver arénicole d'à peine quelques grammes, qui fait donc le bonheur de la médecine, notamment pour les transplantations. « Cette molécule est capable de lier quarante fois plus d'oxygène qu'une hémoglobine humaine », expliquait l'ancien chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dans nos colonnes en 2018 (son hémoglobine transporte 156 molécules d'oxygène, contre seulement quatre pour l'être humain). Cette molécule extra-cellulaire est proche de celle d'un être humain, tout en étant 250 fois plus petite que le globule rouge, ce qui facilite grandement sa circulation. Elle est compatible avec tous les groupes sanguins humains, ne provoque pas d'hypertension artérielle (...), elle est facilement conservable à température ambiante
La société fondée par Franck Zal, Hemarina, est basée à Morlaix (Finistère), et elle élève ses propres vers marins. À l'année, cette molécule est notamment utilisée en médecine pour augmenter le temps de conservation des greffons en attente de transplantations.
Mais dans le monde du sport, pourrait-elle être détournée à des fins dopantes ? « Oui, évidemment, confie Franck Zal, conscient dès le début du potentiel de sa découverte. Dans le milieu du vélo notamment, oui, j'ai reçu des coups de fil. Le gars qui m'a appelé me disait que cette molécule n'était pas encore présente dans les règlements antidopage et que c'était donc autorisé Mais bon, elle augmente clairement les performances. C'est la raison pour laquelle j'ai rapidement contacté des gendarmes de l'Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique) pour leur évoquer le coup de fil. On a aussi collaboré avec l'Agence mondiale antidopage. On travaille depuis deux ans avec elle, poursuit Franck Zal. Nos produits ont été envoyés à Montréal, au siège, et plusieurs exemplaires ont été envoyés dans les laboratoires antidopage du monde. »
« Ce n'est pas simple de contrôler cette molécule »
Selon le scientifique, l'article du Corriere Della Sera est à prendre avec des pincettes. « Soit c'est l'un des laboratoires nationaux qui travaillent avec l'AMA qui fait des recherches dessus, et ça s'arrête là, c'est normal disons. Soit ça va plus loin, et là, je pense qu'on est dans le fantasme ou dans le quelqu'un a dit à quelqu'un qui a dit que Et ça s'emballe comme ça ! » Pourquoi ne croit-il pas à cette thèse d'un laboratoire privé travaillant à des fins de dopage ? « Car en Chine, en Biélorussie, il n'y a pas ces vers-là, il n'est que sur le littoral atlantique de la côte basque à la mer du Nord. Et nous, nous n'avons donné que quelques échantillons, pas suffisamment pour conduire une expérience à grande échelle. » Malgré tout, il reste prudent car lucide : « J'ai toujours dit que quelqu'un de bien câblé, qui a les connaissances scientifiques, qui a lu mes travaux, qui sait comment faire, et surtout quelqu'un qui a accès aux vers, pourrait le faire de façon plus amateure. Mais il y aurait un risque de contamination bactérienne, etc. »
Mais quand même : si le Corriere della Sera disait vrai, un sportif ayant reçu de l'hémoglobine issue de ce ver marin, pourrait-il passer des tests antidopage sans risquer de contrôle positif ? « Ce n'est pas simple de contrôler cette molécule, cela nécessite une technique de pointe, comme un laboratoire allemand a su le faire par exemple (par spectrométrie de masse). Mais la fenêtre de détection serait de 96 heures, ce qui laisse quand même du temps de contrôler un sportif » En revanche, le M101 ne modifie ni l'hématocrite, ni les réticulocytes, rendant le passeport biologique inefficace. Complexe, donc.