Brève

Histoires danoises 3/4 : Ludvig Wacker, l'espoir qui a dit stop à 21 ans


01/07/2022 - lequipe.fr - Dominique Issartel

Ludvig Wacker a arrêté sa carrière de coureur cycliste en novembre dernier, à 21 ans, usé par son désir de devenir professionnel trop vite. Ou trop tôt. Passé par l'équipe junior de Roskilde, véritable vivier du pays, qui a formé 14 des 24 coureurs danois qui évoluent cette année en World Tour, il est un des rares échecs d'un système de formation qui fait ses preuves depuis une quinzaine d'années. Engagé par l'équipe développement de Sunweb (aujourd'hui DSM) en 2019, il a brulé les étapes. « À cet âge, les jeunes veulent absolument devenir pros, raconte Thomas Wandhal, directeur sportif de Roskilde junior et qui a formé Wacker. Les grosses équipes ont toutes leur filière espoir et Bora-Hansgrohe a même une équipe junior. On essaie de dire aux garçons qu'il n'y a pas qu'un seul chemin. Ludvig est le bon exemple d'un raté mais, une fois approché, c'est très dur de les faire changer d'avis, les agents sont partout, la relation avec le club devient difficile. (...) »

Ce vendredi, alors que le Tour de France s'élance de Copenhague, Ludvig Vacker sera en plein travail à dix kilomètres de là, au service course du magasin de cycles CYKOM, filière de la société ProOwnedCycling, qui revend d'occasion des vélos ayant appartenu à des professionnels. Sans regrets, il bosse 30 heures par semaine en attendant de trouver sa nouvelle voie et pense se lancer dans le journaliste sportif. Dans un café de Copenhague, où il vit en colocation et ne se déplace qu'à vélo, il nous a raconté son parcours.

« Dans quel état d'esprit étiez-vous quand vous avez signé pour l'équipe développement de Sunweb, à 19 ans ?

Je pensais que c'était le meilleur chemin pour devenir pro le plus vite possible. J'avais beaucoup discuté Sebastian Deckert, le responsable ; je n'ai pas douté. J'habitais en même temps dans le Limbourg (aux Pays-Bas) et au Danemark, pour pouvoir terminer le lycée. J'étais souvent dans des avions. Je partais le samedi, je courais le dimanche et je repartais aussitôt pour être à l'école le lundi matin à Roskilde. Quand j'étais en Hollande, je vivais avec d'autres coureurs mais j'étais le seul Danois.

C'était un rythme très soutenu...

Oui, mais je pensais que j'encaissais. Puis il y a eu le Covid, je suis rentré au Danemark, j'ai retrouvé mes amis de l'équipe de Roskilde. Pendant le confinement, on roulait avec Soren Kragh Andersen, Mads Pedersen (...)... On s'entraînait énormément. Et puis, lors de ma course de reprise, au bout de 40 minutes, je suis tombé dans une descente, à grande vitesse. Un mec a touché ma roue. J'avais déjà un peu peur et cela m'a détruit. Après, c'est allé de pire en pire, je ne pensais plus qu'à ça. J'ai fait une thérapie et j'ai décidé de ne pas rester chez Sunweb.

Comment analysez-vous cela aujourd'hui ?

J'ai fait ce que j'ai pu, j'aurais pu aller plus loin mais mentalement, quelque chose avait lâché. Longtemps, j'ai cru que c'était à cause de ma chute mais c'est surtout que je n'étais pas heureux chez Sunweb, je l'ai compris maintenant. Être loin de chez moi, ne plus m'entraîner avec mes amis au Danemark où, pendant les cinq heures où on roulait, on se racontait des choses, on se disait comment on se sentait. Cela n'était pas possible avec ceux de Sunweb, c'était superficiel car on n'avait pas ces liens. Aujourd'hui, je fais du vélo deux fois par semaine avec des gens que j'ai choisi et je ne me sens plus stressé. (...)

En novembre dernier, vous aviez accordé une interview à un site danois où vous parliez de la surmédicalisation du cyclisme. Cela avait été repris partout...

Oui, c'était incroyable, tout le monde voulait me parler à cause de ce que j'avais dit. Pourtant, ce n'était pas prévu que je parle de ça. Le but de l'article était de parler en profondeur de mon arrêt et, à la toute fin, le gars m'a demandé si j'avais quelque chose à ajouter. Je pensais à ce problème de médicaments depuis longtemps. Quand nous, jeunes coureurs, participons au Tour du Danemark, où à d'autres courses pros, on se retrouve dans le même peloton que Caleb Ewan, Elia Viviani (ce sont juste des exemples), et d'un coup, le niveau n'est plus du tout le même. Et pas mal de coureurs espoirs pensent qu'avoir recours à des médicaments, ou des suppléments comme la caféine, va accélérer leur progression. Ils sont à l'affût de tout. Chez Sunweb, je l'avais remarqué, j'en ai parlé avec des amis, avec mon père, mais je suis le seul. Chacun garde ces choses-là pour soi. Je ne trouve pas ce comportement sain mais cela n'a rien d'illégal. C'est juste une question d'éthique personnelle. »


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Cette page a été mise en ligne le 12/11/2022