Hier, le site spécialisé Ciclo21 a révélé les détails d'une opération de surveillance menée en août 2023 impliquant Marc Soler (UAE Team Emirates), son père Jaume et José Martí Prades, alias Pepe Marti, un entraîneur suspendu 15 ans jusqu'au 11 juin 2027 dans le cadre de l'affaire Armstrong. L'enquête qui porte sur des faits remontant à 2023 semble être au point mort.
Rendez-vous sous surveillance avec Pepe Marti
Le 9 août 2023, Marc Soler, son père Jaume et Pepe Marti se retrouvent à Adrall, un village de la province de Lleida, à 16 kilomètres d'Andorre où réside Marc Soler. Marti, ancien entraîneur notamment d'Alberto Contador et de membres de l'équipe US Postal de Lance Armstrong, est suspendu pour 15 ans jusqu'en juin 2027
L'UCO (Unidad Central Operativa), unité d'élite de la Guardia Civil, mandatée par la CELAD, l'agence nationale antidopage espagnole, surveille Pepe Marti depuis plusieurs semaines, après des signalements anonymes de plusieurs coureurs, dont au moins un professionnel.
Lorsque les agents interceptent la fourgonnette conduite par Jaume Soler, ils y trouvent le matériel classique d'un test de lactate : gants en latex, lactomètre, oxymètre, bandelettes réactives, ainsi qu'un dossier de suivi de performances. Marti est à bord. Jaume est habillé en tenue civile et aucune tenue de sport n'est présente dans le véhicule. Il est donc peu plausible que Marti ait eu l'intention d'effectuer un test de lactate pour Jaume Soler.
Marc Soler arrive ensuite à vélo, en tenue UAE. Il reconnaît la fourgonnette familiale et effectue plusieurs allers-retours avant que les trois hommes ne se retrouvent au bord de la route pour une conversation qui dure plusieurs minutes. L'UCO documente l'ensemble de la scène par des images.
Marc Soler est arrêté un peu plus tard par la Guardia Civil. Le coureur déclare qu'il a rencontré son père pour lui donner un compteur.
Des déclarations incohérentes
Convoqués en novembre 2023 à la caserne de la Guardia Civil de la Seu d'Urgell, père et fils fournissent une version commune : Marc était venu récupérer un sac à dos Salomon et un bouchon de bidon d'essence. Ni l'un ni l'autre de ces objets n'ont pourtant été observés lors des contrôles. Le sac à dos, par ses dimensions, n'aurait de toute façon pas pu être transporté dans les poches d'un maillot. Le compteur n'est plus mentionné.
Jaume Soler reconnaît avoir été entraîné par Marti, ce qui constitue déjà une infraction aux règles antidopage, et affirme y avoir mis fin après la rencontre. Il ajoute n'avoir jamais consommé de substances dopantes. Il a depuis écopé d'une suspension de 18 mois par la CELAD. Père et fils ont nié nie tout lien professionnel entre Marc Soler et Marti. Ce dernier n'a jamais pas été entendu par la Guardia Civil.
Une enquête qui s'enlise
Le règlement antidopage interdit à tout sportif licencié de travailler avec une personne suspendue, ce qui est le cas de Pepe Marti. Si une association prohibée était retenue contre Marc Soler, il encourrait jusqu'à quatre ans de suspension. Pour Marti, en situation de récidive, ce serait une suspension à vie.
Deux ans et demi après les faits, aucune décision n'a été rendue. La CELAD a traversé depuis 2024 une période d'instabilité : départ de son directeur José Luis Terreros, transition puis nomination d'un nouveau responsable, qui a ralenti ce dossier et plusieurs autres (lire ici). L'UCI attend toujours le verdict espagnol.
Entre-temps, l'UAE Team Emirates a prolongé le contrat de Marc Soler jusqu'en 2027, sans s'exprimer publiquement sur l'affaire. Soler a remporté le Tour de Murcie la semaine dernière.
Le récit complet de l'enquête est à lire (en espagnol) sur le site ciclo21.com.