Dossier dopage



Les petits jeunes dopés comme des grands

14/04/2004 - Le Canard Enchaîné - David Fontaine

Extraits

(...) Voici le constat que dressait, début mars, le Comité national consultatif d'éthique : « La pratique du dopage sportif tend à devenir un problème de santé publique dans la mesure où (...) elle en vient à s'étendre et à se banaliser auprès de sportifs de plus en plus jeunes, pour lesquels l'image médiatisée du champion joue le rôle de modèle et qui voient souvent dans la réussite sportive le seul moyen de quitter une existence sociale précaire ».

Cet avertissement est alors tombé dans l'indifférence générale. Et pourtant... Le président du comité en question, le professeur Didier Sicard, se montre encore plus alarmiste à l'oral qu'à l'écrit : « Il y a un encouragement à un dopage sournois et grave dans les petits clubs. Des adolescents de treize ans, dans les banlieues, ne se rendent pas compte des conséquences de l'entraînement sous anabolisants, car ils veulent percer. » Et ce patron du service de médecine interne à l'hôpital Cochin de s'inquiéter d'«un marché parallèle qui tend à se substituer à celui de la drogue».

Son diagnostic est confirmé (...) par les responsables du numéro Vert « Ecoute dopage » (...) qui traite plus de 3000 appels anonymes par an. Selon le dernier rapport disponible, 20,5% des appels viennent d'adolescents et 1,5% d'enfants. D'après ces chiffres de 2002, le dopage au cannabis (21% des appels) a détrôné la créatine (15%) au palmarès des produits cités, devant les anabolisants, les compléments nutritionnels et autres stimulants. Et les sports concernés sont d'abord la musculation (23% des appels) et le cyclisme (14 ,3%).

Les jeunes consomment de plus en plus de compléments alimentaires « à visée dopante » : c'est-à-dire riches en caféine ou agissant sur l'équilibre hormonal. (...)

Produit très « tendance », la créatine est interdite à la vente en France mais pas à la consommation. Elle est dangereuse pour la santé et n'améliore guère les performances. Or les aveux de Zidane ou de Mary Pierce, qui ont reconnu avoir utilisé ce produit, en ont, un temps, dopé la consommation. Autre sujet d'inquiétude : il n'y a désormais plus de seuil fixé à la consommation de caféine depuis une décision de l'Agence mondiale antidopage. Certains coureurs risquent désormais d'en abuser, sous la forme d'intraveineuse, jusqu'à la surdose.


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