Dossier dopage



Sus à l'hormone de croissance

19/10/2000 - Le Figaro - Jean-Pierre De Mondenard

Extraits

L'EPO vient tout juste de tomber dans les mailles du filet de l'antidopage et déjà la pression des chercheurs se porte vers l'hormone de croissance (HGH), la deuxième substance phare facilitant l'accès aux podiums, et toujours indécelable. C'est d'Italie, une fois n'est pas coutume, que nous est venue l'offensive.

Le quotidien milanais, le Corriere della sera, a révélé le 14 octobre dernier que sur 538 sportifs italiens contrôlés, 50 avaient des valeurs d'HGH "limites" et 61, dont cinq médaillés d'or aux Jeux de Sydney, des chiffres très largement supérieurs à la normale lors de tests effectués entre mars et juin par la Commission scientifique du Comité olympique italien (Coni). Dans l'article publié révélant cette épidémie de présumés consommateurs de HGH, il est précisé que deux des champions olympiques suspectés affichaient des taux de 17 et 34 nanogrammes alors que "le taux sanguin moyen d'hormone de croissance pour un homme tourne autour de 0,2 nanogramme par millilitre et pour une femme de 1 nanogramme". Le journaliste conclut que ces valeurs d'HGH sont nettement supérieures (30 à 60 fois) à celles d'une personne normale. Or, dans cette affaire, ce ne sont pas les sportifs qui sont douteux, mais plutôt les résultats incriminés. En effet, il faut savoir que le taux sanguin d'HGH de tout un chacun (en dehors de sujets souffrant d'un retard de croissance ou d'une anomalie biologique de cette hormone) présente des variations importantes au cours de la journée. Afin de signaler cette particularité, on dit qu'elle est sécrétée de façon pulsative et non linéaire. Ainsi, plus des deux tiers de la sécrétion quotidienne le sont pendant la nuit, sous forme de 4 ou 5 pics nocturnes. D'autres stimuli physiologiques existent: le sommeil, l'exercice physique et le manque de nourriture. Inversement, cette hormone s'abaisse après l'absorption de sucres.

Disparition en 2h30

C'est pourquoi le dosage de l'HGH doit être fait dans des conditions précises. Généralement, il s'effectue à jeun, au repos, entre 8 et 10 heures du matin. Les chiffres normaux sont, chez l'adulte, de 4,6 ng/ml en moyenne avec des écarts au moment d'un "pulse" pouvant atteindre 10, voire plus. (...) Autre particularité qui rend difficile le diagnostic de dopage par l'HGH exogène c'est sa demi-vie très courte, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que la quantité d'HGH contenue dans le sang après injection soit réduite à la moitié de sa valeur initiale. Elle est de l'ordre de 30 minutes, ce qui entraîne sa disparition totale du sang en 2h30. Il aurait donc fallu que les sportifs italiens soient assez fous pour s'injecter de l'HGH pendant la période de ces contrôles alors qu'ils savaient pertinemment que des investigations biologiques type suivi longitudinal étaient prévues. Compte tenu des fluctuations de la présence d'HGH dans le sang, il n'y a rien de surprenant à ce que le nageur, triple médaillé d'or, d'argent et de bronze qui avait été testé à 17 ng/ml, ait présenté, lors d'un contre-examen trente jours après, un résultat nettement différent (0,2 ng/ml). Il faut savoir que plusieurs médicaments non inscrits sur la liste rouge et même absorbés par voie orale (comprimés, ampoules buvables) peuvent modifier le taux sanguin d'HGH.

Contrôle non-validé par les instances internationales

Actuellement, aucune méthode ne permet de façon infaillible de démontrer le dopage. Néanmoins, le dosage sanguin de l'IGF1 (Insulin Like Growth Factor n°1 ou somatomédine C) pourrait permettre de confondre les tricheurs de façon indirecte. En effet, l'HGH stimule la formation d'un facteur de croissance, l'IGF1, produit par le foie et sécrété aussi par les muscles et les cartilages. La concentration sanguine de ce facteur de croissance est nettement plus élevée que l'HGH : 500 ng/ml et sa demi-vie avoisine les 24 heures, ce qui demande environ cinq jours pour qu'il s'élimine. Mais là aussi, il pourrait exister de faux positifs. Pour l'instant, il ne sert à rien de montrer du doigt les sportifs italiens aux chiffres d'HGH "hors normes". L'existence ces dernières années de la diffusion de ce dopant sur la planète sportive (20% de la production mondiale d'HGH synthétique alimentent le marché noir) et l'absence de contrôle validé par les instances internationales ne peuvent, avec la révélation des noms des sportifs de la péninsule transalpine, que promouvoir l'injustice qui, elle-même, encourage les dérives dopantes.

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