Actualité du dopage



Coronavirus : les mises en garde des instances antidopage et du corps médical


21/04/2020 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

Si la pandémie actuelle a eu pour effet de stopper toutes les compétitions, il n’en a sûrement pas été de même pour le dopage, d’autant plus que la plupart des agences antidopage ont annoncé une réduction de leur activité. L’AFLD reconnaissait « rouler au pas » en raison du confinement strict imposé à la population. Mobilisés sur le front du Covid-19 à l’hôpital et en ville, les préleveurs de l’AFLD ont une marge très réduite, en raison d’un stock de masques proche de zéro, des mesures de distanciation sociale et des restrictions de déplacements. Certaines agences, comme l’AFLD ont alors choisi la méthode Coué (méthode d’auto-persuasion inventée par le pharmacien Coué au XIXème siècle) pour garder bonne figure. Se mettant à la place des éventuels tricheurs, elle a fini par penser « A quoi bon se doper quand on n’a plus de compétition à préparer ? ». Avec le report des JO de Tokyo à juillet 2021, World Athletics ne prendra pas en compte les performances qualificatives réalisées avant décembre ; le but est de décourager la dope, mais durant ces huit mois, comment les athlètes vont-ils « se préparer » ? La directrice de l’UKADA, Nicole Sapstead, a aussi reconnu que les contrôles antidopage sont fortement réduits en Angleterre et met en garde ceux qui seraient tentés. L’UKADA ne tarderait pas à les confondre grâce à la dénonciation (ou contrôle intelligent) d’usage admis en Angleterre, l’obligation de localisation ou encore le passeport sanguin. C’est la même chose en Allemagne, aux USA et au Kenya. L’AIU admet aussi avoir stoppé ses contrôles inopinés dans plus de 100 pays. En Russie et au Canada, l’antidopage est au point mort. Pour la Russie, et le Kenya, ces annonces sonnent comme une catastrophe et une aubaine pour les entraîneurs et agents de coureurs à pied n’ayant jamais pu couper avec le dopage.

Comme les mises en garde de toute sorte n’ont jamais été efficaces en prévention (les « experts médiatiques » le savent-ils ?) on pouvait donc sans trop se tromper supposer que certains sportifs véreux allaient profiter de cette période pour se refaire (ou se faire) la cerise avec l’arsenal habituel (EPO, stéroïdes ou hGH). On pouvait alors lire sur Internet la litanie des mises en garde des grands spécialistes de l’antidopage : médecins, entraîneurs et l’AMA.

Dans son blog du 14 mars, Jean-Pierre de Mondenard avertissait sur les dangers de l’utilisation des AINS et de la cortisone pendant la pandémie car ils aggraveraient les symptômes de l’infection au coronavirus. D’après le docteur, ces substances sont massivement utilisées en milieu sportif, et il est donc important pour lui de relayer l’information. Jean-Claude Vollmer, de la cellule marathon à la FFA, pense qu’il serait stupide de se doper pendant le confinement car « quand on ne sait pas pourquoi on se dope, cela ne sert à rien, se doper pour 2 heures de home-trainer ou 1 heure de footing ne sert à rien ». Vollmer élimine la question avec légèreté.

Witold Banka, nouveau président insipide de l’AMA à la solde (au sens propre !) du CIO, réplique à ceux qui s’inquiètent de la réduction ou de l’absence des contrôles, que l’agence dispose d’autres armes (localisation, filage de l’athlète, analyse des résultats à la reprise). Reste à savoir si le paysage sportif des compétitions va être chamboulé ou pas à la reprise. Pierre Sallet, le spécialiste antidopage de Spé 15, écrit que le dopage s’organise par rapport à la compétition et que l’usage de dopants est donc inutile pendant le confinement.

Avec les mises en garde des spécialistes sur le danger d’un dopage pendant le confinement et l’auto-persuasion des responsables, il n’y aurait donc plus de dopage pendant la pandémie. Christophe Bassons, qui vient de quitter professionnellement le domaine de la lutte antidopage, semble être le seul à imaginer un dopage possible avec les stéroïdes et avec l’EPO. A juste raison ! On suppose une action à long terme pour les anabolisants et, faut-il le rappeler, la durée de vie d’un globule rouge est de 120 jours. Avec la levée progressive du confinement en France dès le 11 mai et le Tour de France au départ programmé le 29 août (Giro en octobre et Vuelta en novembre ?), peut-on d’ores et déjà clamer bien fort que le confinement aura vaincu le dopage ?


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Cette page a été mise en ligne le 21/04/2020