Actualité du dopage



Des écoutes téléphoniques accablent Danilo Di Luca

18/06/2004 - Le Monde - Stéphane Mandard et Guillaume Prébois

Extraits

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La formation italienne Saeco a annoncé, jeudi 17 juin, qu'elle suspendait son coureur Eddy Mazzoleni. Cette décision fait suite à la publication d'interceptions téléphoniques mettant en cause le coureur (...).

Ces écoutes ont été pratiquées fin avril, dans le cadre de l'opération "Oil for Drug", une vaste enquête sur un trafic présumé de produits dopants qui a abouti, fin mai, à la mise en examen de 138 personnes, principalement dans le milieu cycliste.

Outre Eddy Mazzoleni, la Saeco (...) compte deux autres coureurs mis en examen : Alessandro Spezialetti et Danilo Di Luca. (...) Ce dernier est un client assidu de Carlo Santuccione, qu'il présente volontiers comme son médecin de famille. Ce même Carlo Santuccione que l'on entendait dans les premières écoutes conseiller à Eddy Mazzoleni de "continuer à prendre de l'Andriol", de la testostérone.

De nouvelles écoutes téléphoniques, dont Le Monde s'est procuré la retranscription, font état de conversations entre ce médecin et Danilo Di Luca. Le 27 janvier 2004, le coureur a dû se rendre au laboratoire antidopage de Rome, l'Acqua Acetosa, pour un contrôle d'aptitude à la pratique du cyclisme. A 8 h 38, Danilo Di Luca appelle Carlo Santuccione. Il lui explique d'abord qu'il a du mal à dormir car il est "angoissé par les soucis et la peur des contrôles" (...).

Danilo Di Luca est inquiet car, lors du prélèvement sanguin, on lui a également demandé un échantillon d'urine. Seule une petite quantité semble nécessaire. Mais il ne s'y attendait pas et demande à Carlo Santuccione "si cela peut poser des problèmes". Tous les deux tombent d'accord sur le fait qu'il faudrait "une grande quantité d'urine pour qu'il y ait quelque chose à craindre ". Pour les enquêteurs, ce dialogue est révélateur : la préoccupation de Danilo Di Luca démontre qu'il a utilisé ou continue d'utiliser des produits dopants prescrits par Carlo Santuccione. Le médecin rassure le coureur : "Si c'est pour le test d'aptitude et qu'ils le font à tous, il n'y a pas lieu de s'inquiéter." Danilo Di Luca vient en effet de lui expliquer qu'il se trouve en compagnie de deux de ses coéquipiers de la Saeco, Salvatore Commesso et Mirko Celestino, ainsi que de Davide Rebellin (Gerolsteiner), Daniele Nardello (T-Mobile) et Daniele Bennati (Phonak). "On ne m'avait pas prévenu de ce contrôle", déplore le docteur Santuccione. Une déclaration qui a conduit les enquêteurs à penser que le médecin possédait un informateur dans les institutions sportives.

Arrêté le 10 juin et interdit depuis de pratiquer la médecine, Carlo Santuccione avait déjà été suspendu entre 1995 et 2000 par la Fédération italienne de cyclisme, pour une autre affaire de dopage. Surnommé "Ali le chimiste", il était dans le collimateur de la brigade des stupéfiants, qui avait placé depuis plusieurs mois son cabinet (...) sous surveillance vidéo. Le 17 mars 2004, à 11 h 22, le médecin appelle Danilo Di Luca pour lui dire de passer le voir. Il insiste pour que le coureur vienne rapidement. "C'est aujourd'hui qu'il faut absolument la faire...", précise le docteur Santuccione. Danilo Di Luca convient d'un rendez-vous vers 19 heures et prévient qu'il sera accompagné d'un certain "Alessandro", que les carabiniers identifient comme son coéquipier Alessandro Spezialetti.

Ils mentionnent l'existence d'un document vidéo enregistré ce même 17 mars, à partir de 19 h 21. Selon les enquêteurs, on y voit Carlo Santuccione entrer dans son cabinet avec, dans les mains, deux seringues à usage unique ainsi que deux fioles dont le contenu est impossible à identifier sur les images. "On le voit ensuite aspirer le contenu des fioles dans chacune des seringues puis sortir de la pièce après avoir jeté les boîtes et les fioles", détaille le rapport vidéo.

Dans leur conclusion, les enquêteurs estiment qu' "il y a vraisemblable eu administration aux deux coureurs. La référence à l'obligation de faire cette thérapie le jour même est importante. Si, comme nous le pensons, la substance injectée est de l'EPO, la durée nécessaire pour ne pas qu'elle soit détectée aux contrôles est de quatre à cinq jours. Il faut avoir présent à l'esprit que nous sommes lundi et que, le samedi, Danilo Di Luca devra disputer Milan-San Remo."

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