Retour à la page Actualités du dopage

Actualité du dopage

Un dimanche à l'Alpe d'Huez


07/1979 - Miroir du Cyclisme - Guy Kedia


(...)

Michel Pollentier une fois la ligne d'arrivée franchie, revêtu de son beau maillot jaune, une fois les opérations protocolaires effectuées, a pris son vélo et a rejoint son hôtel situé un kilomètre plus bas. Il s'st rapidement épongé, a changé de maillot troquant le jaune pour celui de champion de Belgique, puis avec son directeur sportif Fred de Bruyne a repris la voiture pour revenir sur la ligne d'arrivée ? Là, il s'est rendu à la caravane du contrôle anti-dopage où (c'est une obligation depuis le décès de Tom Simpson dans le Mont Ventoux en 1967) les vainqueurs d'étape, les porteurs de maillot jaune, plus quelques coureurs désignés par le tirage au sort, doivent se présenter. En général, cela se passe assez bien et au bout de quelques minutes le coureur sort, contrôle effectué, l'âme sereine, le devoir (!) accompli. Cette fois-ci, pourtant, à l'évidence l'affaire s'est très mal déroulée.

Michel Pollentier est venu équipé d'une petite poire dissimulée sous son maillot et au moment fatidique a tenté d'en déverser le contenu dans l'éprouvette du médecin. La manoeuvre aurait pu réussir d'autant plus facilement que Fred de Bruyne (...) était en train de raconter avec force gestes et rires bruyants à l'appui, la manière dont il disputait ses sprints et remportait des victoires une bonne vingtaine d'années plus tôt.

Et de rire ! Et de plaisanter ! Et de s'amuser ! Sacré Fred, va ! il ne changera jamais, il est bien le plus marseillais de tous les Belges de la caravane. Et tout le monde de s'esclaffer, sauf un brave Italien désigné par l'Union Cycliste Internationale comme inspecteur médical, chargé justement de veiller au bon déroulement des opérations. Renaldo Sacconi, mais il ne peut, à un moment donné, s'empêcher d'écarquiller les yeux, profitant d'un nouveau moulinet de Fred de Bruyne, qui fait de plus en plus diversion, Michel Pollentier sort une poire et tente d'en déverser le liquide.

- Mais qu'est-ce que vous faites là, demande Sacconi ?

Réponse embarrassée de Pollentier, gêne de De Bruyne, il y a flagrant délit, l'affaire va éclater...

Elle va secouer le Tour, l'Alpe d'Huez, la caravane. Les beaux papiers envoyés à Paris, les interviewes réalisées à la fin de l'étape, les commentaires bien sentis sont bons pour la poubelle. (...) Il nous faut trouver les informations, les nouvelles informations à la suite de ce que certains appellent déjà « le scandale ». Et la source de ces informations ne peut venir que de Pollentier, de Fred de Bruyne, des organisateurs du Tour de France, pour lesquels (...) il y a un règlement qui doit être appliqué. Ce règlement prévoit la mise hors course, la disqualification du maillot jaune.

A l'hôtel du Castillan et des Cîmes, résidence de l'équipe Flandria, la nouvelle commence à être connue. A une table du restaurant, Bernard Hinault et ses équipiers dînent en silence (...) mais pour pénétrer dans la chambre 32 (...), il faut presque faire le coup de poing. (...) L'état de siège est déclaré.

Une porte s'ouvre et, dans la chambre de l'ex-leader du Tour de France, on aperçoit, épars sur le lit, une valise ouverte, un maillot jaune que Pollentier n'aura porté que l'espace de quelques minutes, une casquette, quelques verres. (...) En bas, au rez-de-chaussée, et dans les étages, la rumeur enfle. (...) Ils ne comprennent pas bien ces braves touristes, ce qui se passe vraiment et ils ne sont pas loin de parler de machination, de celles que mijotent les organisateurs pour faire perdre l'un des leurs et faire gagner Hinault.

- C'est un scandale, Messieurs. Comment peut-on imaginer que Pollentier et De Bruyne aient pu se rendre responsables d'une telle supercherie ?

Au fil des minutes, pourtant, celle-ci devient de plus en plus évidente. Bribes par bribes, l'histoire se vérifie, se confirme, se complète. Pollentier lui-même donne une version qui ressemble à s'y méprendre à celle de l'inspecteur italien. - Non, je n'étais pas dopé, mais j'utilisais un produit - l'Alupin - qui me permet de respirer. Je me sers de ce produit en Belgique car il n'est pas recherché dans les laboratoires d'analyses médicales. Oui, c'est la première fois que je m'en sers en France.

(...)

Le mardi matin, le tour repartira de l'Alpe d'Huez, avec neuf coureurs de l'équipe Flandria, mais sans Michel Pollentier. Ce dernier, avant de quitter ses équipiers, à moins de hut jours de Paris, avait envoyé une lettre d'excuses aux organisateurs du Tour, implorant leur clémence, leur pitié. Il devait être entendu peu après, puisque sa suspension allait être réduite et après avoir affirmé « Je ne reviendrai plus jamais dans le Tour de France ».


Sur le même sujet



Cette page a été mise en ligne le 10/08/2009.

Retour à la page Actualités du dopage