Dossier dopage

Et si l’ARN messager était utilisé pour du dopage ?


09/11/2021 - sudouest.fr

Un nouvel enjeu qui est directement dû au développement fulgurant de cette méthode depuis le début de la pandémie de Covid-19

La science une nouvelle fois détournée à des fins de dopage ? Comme le rapporte Franceinfo ce mardi 9 novembre, la technique de l’ARN messager synthétique, qui a connu un développement très rapide pour développer des vaccins contre le Covid-19, pourrait prochainement être utile aux athlètes dopés.

« Théoriquement, les applications purement médicales de l’ARN synthétique pourraient être détournées et utilisées à des fins de dopage », a affirmé l’immunologiste Steve Pascolo.

Produire de l’EPO

Mais comment cela serait-il possible ? Tout part des caractéristiques de l’ARN messager. « L’ARN messager est une photocopie d’un gène », explique Steve Pascolo. Lorsqu’une personne le reçoit, son corps réceptionne un message lui demandant une protéine précise. (...)

Il est alors aisé d’imaginer les portées d’une telle technologie médicale dans le domaine du dopage. Depuis plusieurs années, des publications scientifiques se penchent sur l’utilisation de l’ARN messager pour coder la protéine d’EPO. (...)

L’ARN messager pourrait être très utile, car très rapide. « A priori aussi, chez l’homme, une seule injection pourrait être efficace pour un effet dopant transitoire d’une ou deux semaines », explique le chercheur.

Comment éviter le dopage ?

De son côté, l’Agence mondiale antidopage (AMA) surveille l’avancée de l’ARN depuis 2002, toujours selon Franceinfo. « On s’y est préparé », affirme Olivier Rabin, directeur science et médecine de l’AMA. Selon lui, il se pourrait même que cette nouvelle méthode de triche soit plus facile à détecter. « Une séquence d’ARN messager peut être détectée sur plusieurs jours, voire quelques dizaines de jours éventuellement. Pour l’EPO, c’est de l’ordre de quelques jours pour des micros doses. »

Cependant, la détection de terrain ne semble efficace, qu’à condition de savoir quoi et sur qui chercher, comme le précise Olivier Rabin. « Sur le terrain, si vous avez quelqu’un qui utilise de l’ARN messager, et que vous ne le soupçonnez absolument pas, il peut être plus difficile de le révéler, à moins d’une détection antidopage ciblée ».

Quels risques pour les athlètes ?

Innovant et - encore - peu soupçonné sur le terrain, le dopage via ARN messager comporte tout de même des risques pour les sportifs concernés, à commencer par la « réponse immunitaire ». « Développer une réponse immunitaire contre son propre corps, ce que l’on appelle de l’auto-immunité, est toujours quelque chose de problématique », affirme Steve Pascolo.

Sans oublier que cette technologie pourrait concerner d’autres protéines plus complexes. « Il y a des ARN qui codent les protéines du muscle. [] Cela pourrait être détourné à des fins de performance athlétique, mais pour l’heure, cela reste théorique. »


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Cette page a été mise en ligne le 09/11/2021