Dossier dopage



Peptides vedettes : le bel avenir des peptides mimétiques de l'EPO(EMP)

18/05/2012 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

Le petit laboratoire allemand APLAGEN (22 employés), dirigé par le Pr H.G.Frank, a mis au point le SEStide (supravalent erythropoïesis stimulating peptide) ou AGEM 400 (HES). C'est un peptide dimère mimétique de l'EPO, conjugué à l'hydroxyéthylstarch (HES) ou hydroxyléthylamidon. Cette dernière substance n'est pas une inconnue dans le monde du dopage : au championnat du monde de ski de fond à Lahti en 2001, 4 fondeurs finlandais (Myllyla, Kirvesniemi, Isometsa, Immonen) et 2 fondeuses (Kuitunen et Jauho) sont contrôlés positifs à cette substance. L'HES restaure le volume plasmatique et sert à traiter les états de choc. En dopage, il était utilisé comme diluant plasmatique et servait à masquer une prise de stéroïdes anabolisants ou d'EPO. Et il se retrouve bizarrement inclus dans la molécule de SEStide. Sa présence pourrait-il faciliter la détection de ce nouveau peptide ? D'après les articles de presse, SEStide serait encore indétectable et aurait déjà été utilisé aux championnats du monde d'athlétisme de Berlin 2009 et peut-être sur le Tour de France 2009.

Aplagen s'attaque donc au marché très lucratif de l'anémie résultant de l'hémodialyse et du traitement anticancéreux : le géant américain AMGEN réalise 2,6 milliards de dollars annuel de bénéfice avec son EPOGEN® (rhu-EPO ?). Mais depuis quatre ans, les ventes d'EPOGEN et d'ARANESP (darbépoétin-?) sont en baisse, due à une augmentation des accidents thromboemboliques chez les malades traités. Le laboratoire allemand cite déjà les qualités du SEStide ou HEMOMER® : sa fabrication ne nécessite pas le génie génétique (il est synthétisé comme tout autre médicament) et il coûtera donc moins cher que l'EPO. Il n'a pas besoin d'être stocké au froid. Contrairement à l'EPO qui est contre-indiquée dans certains cancers (leucémies myéloïdes) car elle favorise le passage des myélo-dysplasies en leucémies myéloïdes aigues (effet pro-cancérigène), le SEStide n'est que faiblement actif à inactif sur trois lignées cellulaires humaines cancéreuses. Ce serait là un fait intéressant à confirmer en médecine humaine (les essais de phase III n'ont pas encore commencé) : alors que l'EPO (cytokine) est un facteur de croissance de certaines tumeurs cancéreuses, le SEStide déplacerait l'EPO de son (ses ?) récepteur(s) et serait un antagoniste de l'EPO sur certains cancers, tout en favorisant l'érythropoïèse ! Aplagen y voit donc là un avantage certain sur l'EPO.

Chez l'animal d'expérience, SEStide a provoqué une augmentation des réticulocytes et a moins augmenté l'hématocrite que l'EPO (à cause de l'HES ?). Sa demi-vie est de 16 h, ce qui reste intéressant pour ceux qui voudraient l'utiliser dans le sport.

Retenons que la découverte des EMP pourra contrecarrer l'effet promoteur de l'EPO sur certains cancers et espérons qu'APLAGEN aidera à la mise au point d'un test de détection de l'HEMOMER®... ainsi que de ses autres EMP à usage vétérinaire ! Comme le fait AFFYMAX avec l'HEMATIDE ® et comme l'a fait ROCHE avec la MIRCERA®.


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 18/05/2012