Actualité du dopage



Judiciaire: dopage à l’ozone dans le milieu sportif


13/12/2018 - soirmag.lesoir.be - Philippe Engels

C’était dans la descente vers Sophia Antipolis (...). « Ne te retourne pas ! Vas-y petit, vas-y » Comme à chaque nouveau talent, les commentateurs de France 2 s’étaient un peu emballés, le 12 mars 2011, à l’arrivée de la 7e étape de Paris-Nice. Résultat, selon la télé : « Le jeune Di Gregorio offre à la formation Astana une victoire de prestige. » Peu de temps après, la justice française avait placé le grimpeur sur écoute et ausculté les petites manies du cyclisme professionnel. À propos des méthodes d’ozonothérapie, entre autres : prélever une petite quantité de sang et le renvoyer dans les veines après l’avoir enrichi via un mélange d’ozone et d’oxygène. Un gourou rencontré à Marseille aurait conseillé au jeune espoir Di Gregorio d’y avoir recours avant une course en montagne.

Dans son cas, l’enquête judiciaire a révélé qu’avant le Tour de France 2012, il avait commandé sur un site internet 100 micro-perfuseurs, 80 seringues et un flacon de glucose. Le « pauvre » fut interpellé aux portes du Jura, en juillet 2012. Six ans plus tard (...), Di Gregorio vient d’être condamné à un an de prison avec sursis. (...) Entre-temps, le médecin miracle a reconnu les transfusions avant de se rétracter. Il est décédé avant l’heure du procès. Un de ses confrères belges connaît aujourd’hui la trajectoire inverse : il doit se défendre devant des tribunaux publics alors que ses anciens patients ont tous été blanchis. Et parmi eux figuraient plusieurs grands noms, dont celui du Flandrien Greg Van Avermaet, sérieusement mis en cause en 2015, champion olympique l’année suivante. (...)

« La cortisone, c’est quand ? »

Le « Docteur Ozone » belge aurait aimé rester discret. Ses avocats ont tout fait pour freiner le cours de la justice et réclamer un procès à huis clos. Pas de chance pour Chris Mertens, de Rotselaar, en Brabant flamand, qui a grandi au sein d’une famille de toubibs adeptes de la piqûre. Il est le personnage central d’une autre affaire de dopage à l’ozone, datant également de 2012. (...) Mertens risque une peine de prison de 18 mois. C’est la peine requise par le ministère public à l’issue d’une enquête de près de cinq ans.

À l’appui ? De nombreux échanges de mails interceptés par la police louvaniste. Le médecin de Rotselaar aurait ainsi recommandé à 20 sportifs de haut niveau (des cyclistes, des champions de VTT, des triathlètes) de se charger aux corticoïdes, de recourir à d’autres « classiques » du dopage, mais aussi de tester l’ozone par perfusion. Question posée il y a quelques années par Greg Van Avermaet : « Qu’en penses-tu, Chris ? Je prends la cortisone mardi ou jeudi ? » Réponse du médecin : « Juste avant ta prochaine compétition. » Pour la dope à l’ozone, une bataille d’experts retarde le cours de la justice. Sauf surprise, on devrait savoir, le 11 décembre, si l’injection d’ozone est répréhensible ou seulement « déconseillée ».

Le père, déjà

Depuis le début de l’affaire, la presse flamande hésite à diaboliser le « Docteur Ozone », dont le père et l’oncle étaient déjà spécialisés dans l’accompagnement médical des sportifs. Le meilleur portrait de Chris Mertens a été publié dans le quotidien « De Morgen » par un journaliste respecté, Jan Antonissen. Il a donné le ton. Voici ce qu’il écrivait en janvier 2013, au début de l’affaire : « Emporté par son enthousiasme, le docteur Mertens est peut-être allé trop loin à l’une ou l’autre reprise. Aurait-il effectué une mauvaise injection ? Hélas, ce n’est pas exclu. Mais les remèdes à base d’hormones ou les solutions lourdes (pour doper), cela n’est pas le truc de l’homme que j’ai rencontré. »

Le journaliste dépeignait un « médecin de proximité », dont la salle d’attente ne désemplissait pas jusqu’à minuit. Grâce à la fameuse thérapie à base d’ozone, Chris Mertens se targuait « d’avoir sauvé les jambes d’une demi-douzaine de diabétiques ». À chacun sa discipline.


Cette page a été mise en ligne le 15/12/2018