Synthétisé en 2012 par le Pr Thomas Burris du prestigieux Scripps Research Institute de La Jolla en Californie1, on n'en sait toujours pas beaucoup plus sur le SR-9009. L'AMA l'avait inclus en 2018 sur la liste des produits interdits en tant qu'agoniste de L'AMPK (comme l'AICAR) mais il n'en est pas un. Le SR-9011 l'a depuis rejoint au chapitre S.4 des modulateurs métaboliques. Essaimé dans les laboratoires du monde entier à des fins d'études (comme l'a été l'hémoglobine de ver marin) des chercheurs l'ont imaginé SARM. D'autres lui découvrirent la propriété d'agir sur les récepteurs NR1D1 (ou Rev-Erb-a) et NR1D2 (Rev-Erb-ß) qui transforment le cholestérol en testostérone. La piste était la bonne. Pas étonnant alors, avec une structure chimique disponible sur Internet qu'il se retrouve très vite en vente sur des sites de culturisme sous le nom Stenabolic. Signalons néanmoins que l'on ne connait pratiquement rien de ses effets indésirables immédiats et à long terme, en dehos d'une modification du sommeil.
L'effet a été confirmé par le Pr Burris qui, dans l'espoir d'en faire un médicament, a poursuivi ses recherches. Les SR-9009 et SR-9011 sont bien agonistes de la protéine Rev-Erb Aa car ils provoquent de l'insomnie chez les animaux de laboratoire. Cette protéine est impliquée dans la régulation des rythmes circadiens tout en favorisant la synthèse de testostérone. Mieux, l'activation de la Rev-Erb Aa augmente le nombre de mitochondries dans le muscle squelettique. L'effet est déclaré impressionnant. Or, cette propriété est actuellement recherchée dans le dopage des équipes ou sportifs les plus évolués sur le plan médical, le passeport sanguin limitant les possibilités de dopage. Le Kygevvi, dont on avait parlé le 9 juillet, relance la synthèse d'ADN mitochondrial et pallie l'absence d'un enzyme (thymidine kinase 2) responsable d'une myopathie.
Mais le mode d'action du SR-9009 et de ses dérivés (à demi-vie courte de quelques heures) demeure inconnu. On sait qu'ils ne se lient pas aux récepteurs des androgènes. En activant les Rev-Erb Aa et ß, ils modifient l'expression de centaines de gènes régulant l'oxydation des graisses, le métabolisme du glucose, le nombre de mitochondries et la réponse inflammatoire. Ces propriétés sont suffisantes pour en faire un futur médicament de la perte de poids et un très bon dopant.
Certains chercheurs des Emirats Arabes Unis se doutent de leur utilisation dans le sport humain, équestre et dromadaire. Ils tentent de mettre au point un test de détection. Dix-sept métabolites du SR-9009 ont déjà été identifiés. Mais les tricheurs peuvent encore dormir (s'ils le peuvent) sur leurs deux oreilles. Le test ne sera pas au point dans l'immédiat. La piste des agonistes de l'AMPK (AICAR) et de celle des agonistes des PPAR-d (GW 501516 et GW 600742) n'est pas la bonne pour expliquer les performances récentes en cyclisme et marathon.
Notes
- (1) Les chimistes du Scripps Institute sont à l'origine de la création de 18 médicaments approuvés par la FDA et vendus dans le monde entier. Le SR-8278, antagoniste de la Rev-Erb-Aa pourrait soigner la myopathie de Duchenne. ↩︎
Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore régulièrement à cyclisme-dopage.com