Huit ans après la mort d'un arrêt cardiaque du cycliste belge Michael Goolaerts sur le Paris-Roubaix 2018, les investigations sont terminées. Aucune infraction ou pratique dopante n'ont pu être caractérisées.
L'enquête en recherche des causes de la mort de Michael Goolaerts aura duré longtemps, trop longtemps. Des juges, débordés, se sont succédé, parfois sans accomplir d'actes, au point que les investigations se sont prolongées ces dernières années sans résultat probant. Consciente que ces délais n'étaient pas satisfaisants pour la famille, la procureur de la République de Cambrai depuis 2022, Ingrid Görgen, a décidé début juillet de classer l'enquête. « Aucun élément ne permet de penser qu'il y ait eu une quelconque infraction, permettant par exemple de qualifier un homicide involontaire. Il n'a pas été possible d'établir qu'un produit aurait été administré ou aurait joué un rôle causal dans le décès », confirme la magistrate à L'Équipe.
Le drame se produit le 8 avril 2018. Sur son premier Paris-Roubaix, Goolaerts, 23 ans, membre de l'équipe Veranda's Willems - Crelan (...) décède à 22 h 40 d'un arrêt cardiaque, après avoir subi un arrêt cardiorespiratoire pendant la course, dans le deuxième secteur pavé, près de Viesly. Des investigations sont lancées. « C'est une enquête qui vise, quand les circonstances d'un décès sont inexpliquées, ce qui est le cas quand un jeune homme de 23 ans meurt de manière quasi subite, à élucider les circonstances sans pour autant présumer l'existence d'infractions », précise à l'époque le parquet de Cambrai.
Les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) sont saisis du dossier et pensent avoir enfin entre leurs mains une affaire qui, indirectement, pourrait démontrer des pratiques dopantes dans le cyclisme professionnel. L'autopsie et les analyses effectuées sur le coureur révèlent la présence de caféine en dose importante, mais aucune substance interdite n'est détectée.
Dans ses cheveux, quelques traces de Ventoline, de Valium, mais « loin d'être dans des concentrations majeures », dit encore le procureur en poste au moment des faits, Rémi Schwartz. Interrogé en 2020 par L'Équipe, le magistrat ajoute : « On a une assez bonne vision du passé toxicologique du coureur. On n'a rien d'extraordinaire, seulement des consommations de médicaments en doses très faibles dont on se demande quand même ce qu'en faisait un jeune sportif de 23 ans. »
L'UCI est sollicitée pour vérifier que le coureur avait bien les autorisations nécessaires. Des perquisitions sont menées au siège de l'équipe et à l'agence antidopage flamande. Ses coéquipiers, dont Van Aert qui faisait chambre commune avec le jeune homme, sont entendus, ainsi que des membres du staff, comme le médecin et directeur médical. Des expertises scientifiques sont menées, desquelles il ressort des doutes, qui ne sont cependant pas étoffés par l'enquête de terrain. Huit ans plus tard, l'hypothèse la plus probable est une décompensation aiguë d'une pathologie cardiaque préexistante.
« Aucune substance prohibée » n'a été détectée selon le procureur de Cambrai
« Selon les expertises, Michael Goolaerts aurait été atteint d'une cardiomégalie, une pathologie cardiaque préexistante. Il ressort des investigations et des témoignages recueillis que Monsieur Goolaerts a quitté sa trajectoire et percuté un talus. Il aurait perdu le contrôle de son vélo en amont de sa chute et est décédé d'un arrêt cardiorespiratoire », informe la procureure de Cambrai, Ingrid Görgen.
Et la magistrate de préciser : « Les experts, eu égard à des anomalies statistiques sur certaines données de son passeport biologique, se sont demandé s'il avait pu se doper par le passé. Mais les investigations médicales sur une éventuelle pratique dopante ancienne, qu'on ne peut absolument pas établir, n'ont permis de retrouver aucun élément. Aucune substance prohibée, au-dessus d'un seuil réglementaire ou de pratiques habituelles n'a été détectée. »
Aussitôt après avoir reçu ces conclusions du magistrat instructeur, la procureure a décidé de classer le dossier et d'en informer la famille, mi-juillet. (...)