Actualité du dopage

C'était couru d'avance


- Presse-Océan

A Laon la loi du silence a été la plus forte et le procès n'a levé qu'une partie du voile sur les pratiques dans le cyclisme. Trop de cas ont été évoqués à mots couverts.

Annoncé comme le procès exemplaire du dopage dans le cyclisme, celui qui vient de se terminer à Laon (Aisne), le premier du genre, a finalement déçu : rien de bien nouveau n'a été dit dans le prétoire. Les coureurs n'acceptant de livrer des bribes de confidence que dans les couloirs.

Au cours des quatre jours d'audience, alors que les coureurs inculpés ont découvert progressivement la gravité de leur situation et l'ampleur des peines encourues, ils ont menacé de « faire des révélations à la barre, de donner des noms connus », ne voulant pas « être les seuls à plonger pour l'exemple, à trinquer pour les gros ».

Lors de leurs interrogatoires, ils ont souvent évoqué les mafias qui règnent dans les pelotons pour le partage des gains et des produits dopants et clamé : « c'est pire chez les professionnels, tout le monde peut le dire ».

Mais quand le président Bernard Scheibling, irrité leur lançait : « mais qui est dans quelle course ? », la loi du silence reprit le dessus et il se fermait, murmurant : « je ne peux pas, je n'en ai pas les preuves. »

Un seul nom fut finalement évoqué dans les dernières heures du procès par Me Latour, qui plaidait pour quelques coureurs, celui de Bernard Hinault. Lors de sa plaidoirie, Me Latour déclara qu'un coureur dont il n'assure pourtant pas la défense lui avait montré une photo en affirmant qu'elle avait été prise quand le champion est venu le voir dans sa maison « pour quémander un fonds de produit ».

S'il en excepte le nombre d'inculpés (soixante-trois coureurs, médecins et pharmaciens), ce procès aura été d'autant moins exemplaire qu'il n'apportait que sur un milieu restreint, celui des cyclistes amateurs de province.

Ceux-ci n'ont d'ailleurs compris que tardivement qu'il se trouvait au centre d'une affaire de portée nationale, à tel point que certains étaient venus sans avocat. Ce n'est qu'en se retrouvant à la barre et surtout après avoir entendu le réquisitoire, qu'ils ont pris conscience du risque qu'ils encouraient de se retrouver en prison pour s'être dopé.

La plupart d'entre eux ont reconnu plus ou moins spontanément avoir utilisé des produits « comme tout le monde dans les pelotons ». Mais ils se considéraient simplement comme des tricheurs, pris en faute pour avoir violé les règlements sportifs. Ils ont été révoltés d'être poursuivis comme des trafiquants de drogue.

Le procès a été surtout celui de l'ignorance. Ignorance de la part des coureurs qui ne savaient pas vraiment ce qu'ils risquaient. Ignorance également de la part des médecins et des pharmaciens qui ont affirmé à l'audience ne pas connaître la nocivité des produits qu'ils prescrivaient ou vendait, ainsi que les règlements qui régissaient leur application.

Pour que ce procès soit exemplaire, il a manqué la présence du représentant du cyclisme professionnel, dirigeant, coureur ou médecins, évoqués à mots couverts tout au long des audiences, mais qui n'ont pas été convoquées ou entendues.

Cet article a été mise en ligne le 23/11/2025